Par jugement du 24 mars 2026, le tribunal administratif de LYON condamne l'Etat à verser une indemnisation à l'épouse, au fils et aux petits-enfants d'une victime d'un cancer radio-induit dû aux essais nucléaires français, au titre de leurs préjudices moral et d'accompagnement personnels.
Il s'agit de la première décision de condamnation de l'Etat pour faute "eu égard à l'inexistence ou à l'insuffisance des mesures de prévention, de protection et de surveillance mises en oeuvre" ouvrant droit à réparation des préjudices subis par les "victimes par ricochet" que sont les proches de la victime "directe".
En revanche, à ce jour, la loi ne prévoit pas l'indemnisation des préjudices subis par les proches de la victime directe ayant été exposée à des rayonnements ionisants. Ces derniers ne peuvent donc pas "mobiliser ce dispositif en vue d'obtenir l'indemnisation de leurs préjudices propres ou « par ricochet » (préjudice d'affection, préjudice d'accompagnement, préjudice économique)", comme le rappelait le ministère des Armées en réponse à une question parlementaire, qui précisait : "Il leur est néanmoins possible de solliciter une réparation selon les règles de droit commun (....) à condition de démontrer l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre la pathologie ayant entraîné le décès de la victime et son exposition aux essais nucléaires."
C'est dans le cadre de cette action en responsabilité de droit commun que la famille du défunt Jean-Jacques M. a saisi le tribunal qui vient de juger que "sur la période du 8 avril au 29 octobre 1971, M. M. a, du fait de ses fonctions, été directement exposé aux rayonnements ionisants sans avoir été informé des risques encourus, ni avoir bénéficié d’une formation spécifique ou d’une protection collective ou individuelle. (...) D’autre part, il résulte de l’instruction que M. M. est décédé des suites d’un cancer de l’œsophage, maladie radio-induite inscrite successivement sur la liste fixée par le décret n° 2010-653 du 11 juin 2010 et sur celle fixée par le décret n° 2014-1049 du 15 septembre 2014, conformément aux travaux reconnus par la communauté scientifique internationale. Si cette maladie est apparue plus de trente ans après la fin de l’affectation de M. M. en Polynésie française, ce délai ne saurait, en l’absence de toutes données scientifiques produites par le ministre des armées en ce sens, remettre en cause l’imputabilité de cette pathologie à l’exposition de l’intéressé aux rayonnement ionisants dans les conditions fautives précédemment décrites, alors que l’expert désigné par le CIVEN n’a retenu aucun état antérieur."
"Dès lors, compte-tenu de l’ensemble de ces circonstances, l’existence d’un lien de causalité direct entre le décès de M. M.et la faute retenue (...) doit être regardée comme établie" et ouvre droit à la réparation des préjudices moral et d'accompagnement subis par Mme veuve M., son fils et ses petits-enfants.
Les familles de victimes décédées des suites d'un cancer radio-induit sont désormais dans l'attente de l'adoption par le Sénat de la proposition de loi "visant à reconnaître les victimes de l'exposition aux essais nucléaires français et améliorer leur indemnisation", qui prévoit notamment l'indemnisation des victimes indirectes dites "par ricochet" .
Contact : Me Cécile Labrunie - Cabinet TTLA Avocats & Associés