A l'occasion d'un entretien avec Rébecca Frasquet, journaliste à l'AFP, Me Elisabeth Leroux, avocate au sein du cabinet TTLA & associés, revient que les risques professionnels auxquel sont exposées certaines travailleurs, et le lien avec le cancer du sein.
Cancer du sein: un "suivi médical adapté" nécessaire pour certaines travailleuses, défend une avocate
Infirmières, aides-soignantes, ouvrières, hôtesses de l'air... certaines travailleuses sont exposées à des risques de développer un cancer du sein lié à leur activité et doivent bénéficier d'un suivi médical adapté, estime l'avocate Me Elisabeth Leroux, spécialisée dans la reconnaissance de maladies professionnelles.
QUESTION: Les femmes doivent-elles s'inquiéter des facteurs d'exposition professionnelle du cancer du sein ?
REPONSE: "Le cancer du sein, c'est la première cause de décès par cancer en France chez la femme: il y a 61.000 nouveaux cas et 12.000 décès par an. Or parmi ces 12.000 décès, certains pourraient être évités, notamment si les femmes étaient davantage informées du lien entre le cancer du sein et leur activité professionnelle, car elles pourraient bénéficier d'un suivi médical adapté.
Q: Faut-il qu'elles évitent le travail de nuit ?
R: Il ne s'agit pas de mettre un terme au travail de nuit, mais que les femmes exposées à des risques professionnels, dont le travail de nuit, en soient conscientes et bénéficient d'un suivi médical adapté. Parce que le cancer du sein soigné tôt, on peut en guérir, alors que si le diagnostic intervient tardivement, c'est plus compliqué. Il faut donc informer le plus possible, par tous les moyens, non seulement les femmes mais aussi les employeurs, la médecine du travail, le corps médical qui n'est pas assez formé.
Q: Quels sont ces risques au travail et qui est concerné ?
R: On parle beaucoup du travail de nuit, mais il y a aussi par exemple les rayonnements ionisants qui concernent beaucoup d'infirmières ou d'aides-soignantes pratiquant la radiographie "au lit du patient". Par exemple en pédiatrie, elles sont obligées de maintenir le bébé ou le jeune enfant contre elles pendant la radiographie, en étant souvent mal protégées contre les rayons. Il y a aussi les rayonnements ionisants auxquels sont exposées les hôtesses de l'air, particulièrement celles qui font des longs courriers, mais pas que: il faut regarder la durée d'exposition et aussi l'intensité des rayonnements.
Q: Il y a aussi certaines substances chimiques ?
R: Oui, il y a des perturbateurs endocriniens comme l'oxyde d'éthylène. Chez des salariés de l'entreprise Tetra Medical, qui fabriquait à Saint-Cyr-en-Val près d'Orléans et à Annonay au sud de Lyon des dispositifs médicaux à usage unique en utilisant de l'oxyde d'éthylène pour stériliser des compresses notamment, trois cancers, dont deux du sein, ont été reconnus comme maladies professionnelles par la Caisse primaire d'assurance maladie. Les perturbateurs endocriniens qu'on trouve dans les colles, les peintures, les vernis, les solvants et les produits ménagers, cela concerne beaucoup les ouvrières et les femmes de ménage.
Q: Faire reconnaître l'origine professionnelle d'un cancer du sein est compliqué ?
R: La procédure est longue, elle est semée d'embûches pour des personnes qui sont très malades, qui ont besoin de cette reconnaissance, parce que rares sont les femmes qui vont pouvoir recommencer à travailler, ou alors elles ne pourront plus travailler de nuit, donc leur salaire va diminuer. Donc cette prise en charge les aide financièrement: elles pourront bénéficier d'une rente qui pourra être un complément de revenu important, et tous les soins seront pris en charge à 100% par la Caisse primaire d'assurance maladie. Et cela permet aussi, au sein des entreprises concernées, de faire de la prévention.
___
Contact : Elisabeth LEROUX, Cabinet TTLA Avocats & Associés